Semaine 3

le 23-11-22 17:42

— Papa, on peut y aller maintenant ?
Sa femme attrape le gamin par les épaules
— N’interromps pas ton père quand il parle travail mon chéri.
On parle boulot là ? C’est mal engagé pour moi.
— Je propose un jeu.
Il en fait des caisses et il me saoule avec son air théâtral. Et maintenant, le voila qui tire un collier de sa poche.
— Mon fils a une très grande envie de s’amuser avec vous. Le problème c’est qu’il ne connait pas sa force. Ce talisman devrait donc vous protéger à condition de l’avoir sur vous.
Il se tourne vers la porte.
— Nous allons tous sortir, et je vais le jeter au loin devant tout le monde. À vous de le retrouver avant qu’il ne vous attrape.
On nage en plein délire maintenant. On retombe en enfance. Est-ce que j’ai le choix ?


Ce foutu jardin baigne dans une couleur pourpre étrange, presque trompeuse. Là je ne vois même plus l’extérieur de la propriété. C’est bien la maison, je reconnais les fleurs de métal, mais on dirait qu’on est perdu dans les bois.
Je suis coincé entre sa femme et sa fille qui me tiennent chacune par un bras. Une sacrée poigne la gamine d’ailleurs, rien à envier à sa mère.
Lupus s’éloigne un peu, sourit et jette violemment le collier, vraiment à perte de vue. Je le vois retomber au milieu des arbres. Pas besoin de plan, j’ai toujours retrouvé mon chemin.
Gros Jack espèce d’enfoiré, dès que je me suis barré d’ici, je te jure que tu es le prochain sur ma liste. Je vais te faire regretter de m’avoir envoyé chez les cinglés.


Le gosse trépigne en regardant tour à tour son père et sa mère.
— Approchez Max, approchez.
Là je crois que je n’ai pas le choix. Je suis tout près de lui et il fait un truc bizarre, il me renifle. J’ai vraiment tout à apprendre de ce gars, il me les fout total à zéro.
— Il y en a qui adore l’odeur du café le matin. Moi j’aime celle de votre peur.
Le petit se glisse subrepticement à côté de moi pour me flairer à son tour.
— Ne triche pas mon fils, place-toi de ce côté. Quant à vous Max, nous allons voir si vous savez faire les bons choix. Essayer de trouver la sortie tout de suite ou retrouver le talisman d’abord.
Il tient son rejeton par les épaules. À ses yeux jaunes et son sourire carnassier, je crois que je viens de comprendre.


La panique ne fait pas partie du job. La seule pensée qui me vient en ce moment, c’est cette foutue vodka que je n’aurai pas du boire. J’aurais pu courir plus vite.
D’ailleurs je n’attends pas son ordre, je soupire un grand coup et file direct comme un dératé en direction du bois. J’entends juste le son de sa voix derrière moi.
— Choisissez monsieur Max, mourir ou nous rejoindre.
Franchement je ne comprends pas ce que ça veut dire et je m’en contrefous de son petit jeu. Je me tire.
— Ma fille veut participer aussi, vous n’y voyez pas d’inconvénient ?
Je n’entends plus que leurs ricanements au loin.
Max, rappelle-toi la fois où t’as flingué le padre du clan de la muerte. Ils étaient tous derrière toi. Tu fais pareil, cours et t’arrêtes pas.


Pas facile de bouger dans ce bois. Les arbres et les ronces s’entremêlent tellement par endroit que je dois constamment contourner ou sauter.
Ça y est, je les entends à mes trousses. Lupus a lâché ses deux chiots. La vache, ils hurlent et aboient comme des vrais. J’en viendrai presque à regretter quand les gamins se déguisaient en citrouille.
Je ne m’y attendais pas, mais j’aperçois ce foutu collier, à quelques mètres. Te retourne pas Max, perd pas de temps.
Les grognements sont de plus en plus près.
Je touche enfin au but quand je les sens s’affaler sur moi.
— Première, j’ai gagné !
— Non, t’as triché c’est moi.
Tout à coup, j’entends Lupus s’approcher.
— Vous avez échoué tous les deux les enfants. Max tient le talisman.


— Salut Jack.
Là, il ne s’y attendait pas. Ça me fait du bien d’observer sa tête de limace effrayée. Il est avachi sur sa chaise comme un éléphant de mer sur la banquise.
— Max ? Quel plaisir !
Bien sûr, je vais te croire.
— On t’a cherché partout tu sais, mais t’avais disparu.
De pire en pire. S’il y a bien un truc que je déteste, c’est le gros mensonge. Les petits je dis pas, quoi que. Ma fiancée se le rappelle, enfin, non. Elle ne se le rappelle pas, elle peut plus.
Je lui offre mon nouveau sourire.
— T’as changé ! T’es plus costaud et… poilu.
Je m’installe en face de lui.
— Tout ça c’est le résultat du dernier job que tu m’as donné enfoiré.
— C’est pas moi je te jure. C’est les patrons, c’est eux qui trouvaient que t’en savais trop.


— Je ne travaille plus seul maintenant.
— Ah ?
Il a du mal à déglutir, c’est drôle.
— Non, je me suis associé. Je bosse avec Lupus.
J’ai à peine fini ma phrase que le voilà qui retourne tout et détale comme un lapin. Tout vole sur son passage.
— Abandonne Jack.
Je le vois qui tente d’atteindre la sortie et ça me fait marrer.
— Pas la peine de partir dans cette course éperdue, je vais t’attraper, tu le sais Jack.
Je me redresse et bondis par-dessus les tables renversées. Je me sens tellement bien, c’est encore mieux qu’avant.
J’atterris sur son dos et l’écrase au sol. Il rampe, mais fini par se retourner et me fixe effrayé. Je lève ma main pour lui montrer mes griffes acérées.
J’ai tout mon temps pour me venger, même l’éternité désormais.