Semaine 2

le 14-11-22 11:00

Silence. Bouge plus Max.
C’est probablement un animal qui passait en courant pas loin. Bizarre.
Je reste à l’affut. Je ne respire même presque plus.
Ma mère me disait souvent que j’étais têtu et violent. Elle me répétait que je foutais toujours la merde, que même si on me soumettait à l’ordalie, Dieu préfèrerait se cacher. J’ai jamais su ce que c’était ni ce que Dieu venait faire là.
Sauf que c’est qui le dieu maintenant, hein, c’est qui le boss qu’on craint ?
Plus rien, le silence est de retour. C’est impressionnant d’ailleurs. OK on est un peu à l’écart, mais en haut de la butte. Je devrais entendre les voitures au loin. À cette heure-ci, le rush des nazes pour aller au taf a dû commencer.


Le temps a complètement changé, il fait gris. Ça aussi c’était imprévisible. Je lève la tête et des nuages sortis de nulle part recouvrent tout. Il faut que je bouge.
Toujours aucun mouvement du côté de la maison. J’y retourne, on ne sait jamais.
Le bas de mon pantalon vient de s’accrocher dans le buisson et j’aperçois mon tatouage. J’en ai un peu de partout, sauf que celui là il est spécial. C’est un scorpion, il recouvre tout mon tibia.
Il me rappelle le jour où j’ai buté l’enfoiré de mari de ma sœur. Il lui faisait du mal. Bon, elle lui en faisait aussi, mais c’est pas pareil. La bestiole a eu raison de ce vantard. Elle n’a jamais su que c’était moi.
Mais le délire ! J’ai l’impression qu’il bouge quand je le fixe.


Je marche toujours à couvert, et me retrouve au bord d’un bois. C’est quoi cette histoire, je suis clean pourtant ce matin. D’abord le tatouage qui bouge maintenant ces arbres, je me fais un trip là ?
J’essaie d’avancer, mais sans prévenir, je m’emmêle les pattes. Je glisse et ma tête explose contre le sol.
Enfin, je crois que c’est ça qui s’est passé.
Plus aussi certain de cette version lorsque je rouvre les yeux. Impossible de remuer. Je suis dans une pièce, mains et pieds attachés.
— Ça y est, notre cher Max se réveille.
Debout devant moi, c’est carnaval avec papa, maman et leurs gosses loups. Je rêve ou j’ai l’impression que le petit me mate avec gourmandise ?
Mais non, je suis con, c’est Halloween.


Nom d’un chien, c’est quoi ce sourire adamantin qu’il affiche ce gosse ? Il ferait presque peur s’il n’avait pas ce déguisement grotesque. On dirait une boule de poile recrachée par un chat. Non. On dirait un animal mal peigné avec des dents pointues. Nase. Quand j’étais jeune, je terrorisais les passants rien qu’avec mon drap de fantôme. C’est pas le costume qui compte c’est l’attitude.
Je vais lui montrer. Je le fixe avec mon pire sourire en coin. Même mon beau-père prétendait que je lui foutais la trouille quand je le regardais comme ça après mes conneries. Il me dérouillait encore plus. Ça s’est mal fini pour lui.
— Papa, on va bientôt jouer ?
Il parle la peluche. Trop mignon.


— Attends un peu, petit impatient. Il faut qu’on lui explique les règles d’abord.
Je n’avais pas vu la déco de la pièce. Un peu kitch quand même.
Je dois évaluer le boulot à faire. Le père, balèse, a les épaules deux fois comme sa femme qui n’a déjà pas l’air d’une freluquette. La fille se cache, je l’aperçois à peine, mais le pire c’est le fils. Lui continue de me fixer et visiblement je ne lui fais pas peur.
— Monsieur Max, vous appréciez l’ambiance ? Ce décor, ces cariatides magnifiques… Elles sont d’époques, vous savez, elles appartiennent à ma famille depuis des centaines d’années.
Je m’en contrefous de ses statues. Je vais me libérer et finir le boulot. J’espère que je ne serai pas obligé de toucher aux gosses. Mais s’il faut…


— Nous n’avions pas prévu de nous rassembler si tôt. Vous êtes un matinal.
Il s’approche légèrement de moi, assez pour que je remarque une sale lueur dans ses yeux. Sacrément imposant avec sa mâchoire de dingue.
— J’imagine que vous ne nous vouliez pas du bien à en croire votre arme.
T’imagine bien pépère. Mieux vaut me taire pour l’instant.
— Vous n’êtes pas venu ici par hasard et je préfère ne pas connaître celui ou celle qui vous envoie. Visiblement c’est quelqu’un qui ne vous aime pas. Tout le monde sait qu’on ne rentre pas chez Lupus.
Merde merde merde. Qu’est-ce qu’il se passe là ? Joue les idiots Max !
— Maitre Lupus ? Il doit y avoir une erreur. Je peux vous expliquer.
— Hum… non.
Gros Jack tu t’es bien foutu de moi !


Maitre Lupus le sauvage, si vous l’avez sur le dos vous êtes foutu.
— Maitre Lupus, je vous promets que…
— Taisez-vous !
Il vient de hurler avec sa voix grave. Y a pas grand-chose qui me terrifie, mais là je ne suis pas loin de me pisser dessus.
— Aujourd’hui, la lune est proche de Saturne. Très joli à regarder pour qui connait.
Mais qu’est-ce qu’il me veut ? Plus rien à perdre.
— Je n’aurais pas accepté le contrat si j’avais su que c’était vous.
Je crois que je n’ai jamais entendu des rires aussi synchro. Ils se mettent tous à ricaner en même temps. C’est macabre.
— Tu m’étonnes… Il fallait réfléchir avant mon cher Max. Mais je suis joueur, et grand prince également.
Je dois vider ma tête. Pense survie Max, pense survie.