Semaine 1

le 14-11-22 11:00

Mama mia. Qu’est-ce que j’ai mal dormi !
Non, en fait pas assez. Quatre heures ça ne me suffit pas, j’ai les yeux collés et les oreilles écorchées avec ma foutue alarme qui braille.
J’aurais dû oublier gros Jack et son au resto hier soir. On a fini à la vodka. Certainement pas une idée de génie et ce matin ça tape dans le crâne.
Gros Jack. Sérieux. Une vraie caricature ce surnom. D’ailleurs lui aussi c’est un ersatz, une pale copie de mafieux. Je ne devrais pas lui faire confiance.
Bon, pour l’instant c’est lui qui me file du boulot, alors pas question de faire la fine bouche.
J’extirpe un bout de papier de mon pantalon qui traine par terre. Il m’a dit, « trop de traces avec le numérique ».
Il ne dit pas que des conneries gros Jack.


Il me faut une caisse, je vais pas y aller à pied. C’est à l’autre bout de la ville cette adresse.
Les rues s’étalent devant moi. Toutes ces bagnoles qui m’attendent, juste à me baisser pour choisir. Mais je ne vais pas me servir ici, il faut que j’aille un peu plus loin.
Ça me laisse un peu de temps pour m’en griller une. Je tire aussi fort que possible pour que le tabac prenne et je relache en voyant le bout incandescent crépiter. La première bouffée c’est la meilleure. C’était pareil pour mon premier contrat.
En levant le nez, je ne peux pas m’empêcher de remarquer le lever du jour. C’est marrant le soleil rouge de ce matin, aussi flamboyant que le bout de ma clope.
Je me sens une vraie âme de poète.


Finalement je n’ai pas mis longtemps, pas d’embouteillage. Pas de flic non plus.
J’abandonne la bagnole dans un coin plutôt caché, faudrait pas qu’elle soit repérée trop vite.
C’est un chouette quartier, y en a qui s’emmerde pas.
Gros Jack m’a dit « tu verras, c’est la plus belle maison en haut de la butte, tu peux pas la rater ».
Je suis en bas de la route et je lève la tête pour regarder au loin. Putain, elle est tout en haut. Elle se détache devant le ciel zébré de cirrus. Je ne sais même pas comment je connais ce nom.
Devant s’étale un immense jardin qui finit sur un chemin avec un important portail au bout. Faut que je rentre, que je traverse tout et que je me pointe sans me faire repérer. C’est pas gagné.


J’ai bien regardé et bizarrement pas de caméra, pas de chien ni de garde à l’entrée non plus.
Étrange. D’habitude, il faut toujours que je règle leur compte vite fait à quelques empotés. Mais là, rien.
Je me dis que je suis en veine aujourd’hui, alors je tente la grimpette tranquillement sur l’allée.
Bon je reconnais, sans bruit quand même, il est tôt. Et avec mon arme à la main, je voyage léger, juste mon meilleur ami et son silencieux.
Les bordures sont vraiment trop bizarres, jonchées d’obsidiennes. Ça donne un air sombre au chemin, un air lugubre.
Concentre-toi Max, c’est toi la terreur. T’es là pour buter le type, pas pour flipper devant quelques caillasses.


Je voulais le surprendre et arriver tôt, mais là il n’y a aucun mouvement, pas de son pas d’image. Pas même la moindre lueur à travers la baie vitrée.
Je longe un peu les murs et c’est n’importe quoi jusque dans la vasque devant l’entrée, les fleurs ne bougent pas. C’est quoi ce bordel ? Des coquelicots en métal. Ils ne savent plus quoi inventer les richtos.
Elle n’est pas habitée cette baraque ou quoi ?
Gros Jack m’a déjà mis sur des plans foireux, mais là, ça ressemble à un foireux en promo.
Aucune fenêtre ouverte, pas de porte vitrée sur l’arrière et rien pour crocheter. Pas envie de fracasser la baie, ça ferait trop de bruit.
Je vais me planquer dans un bosquet et attendre un peu.


J’ai l’impression que rien ne va se passer. D’ailleurs, même le soleil n’a pas vraiment bougé et je n’aperçois rien du côté de la rue, comme si le temps s’était arrêté.
N’importe quoi, un vrai lion en cage, ou un poisson dans son bocal, au choix. Je fais des cercles dans ma tête là, ça tourne pas rond.
Après poète, humoriste maintenant. Je suis en forme.
Je mate ma montre et constate que ça fait déjà une heure que je planque. Si c’est un lève tard je suis mal. Gros Jack m’a dit qu’il ne partait jamais de chez lui, ni la journée, ni la nuit, ni le weekend ou les vacances. Une vie de bagnard dans sa prison dorée.
Je suis une teigne quand je m’accroche. Il va bien se montrer.
Faut que je fasse gaffe, je pourrais me rendormir.


Quand j’ai demandé pourquoi fallait le dégommer, gros Jack m’a dit d’arrêter de poser des questions. Mais il n’a pas pu s’empêcher de raconter. Quelqu’un avait mouchardé que ce type avait des infos sur beaucoup de gens. Il était devenu persona non grata d’un claquement de doigts.
C’est ce qu’il avait fait d’ailleurs. Non, ce qu’il avait essayé de faire en frottant deux de ses saucisses boudinées qui pendent au bout de ses grosses paluches. Il n’y avait pas eu le bruit, mais le geste y était !
Je me marre tout seul comme un con en guettant.
S’il fallait flinguer tous les gens qui savent des choses, y aurait du boulot. J’ai ma liste aussi.
En attendant, c’est désespérant, il ne se passe r…
Eh ! c’était quoi ce bruit ?