Un vent de liberté

le 16-09-22 21:50

Ça m’a pris comme ça, comme une envie… de liberté.

38 ans que je travaille, beaucoup de boulots différents, vraiment beaucoup, beaucoup de choses découvertes et évidemment beaucoup de gens rencontrés.
Et puis avec l’avènement des réseaux sociaux, est arrivé le truc le plus bizarre à faire, celui de garder de soi-disant relations avec ses collègues, anciens ou actuels. Je veux nommer linked in ou viadeo. J’y étais inscrit avant même que Microsoft ne pense un jour qu’il devait en racheter un. Je ne parle pas des autres réseaux, qui aurait idée de mélanger boulot et vie privée sérieusement ?

D’ailleurs, en y repensant, l’idée de la connexion avec des gens qu’on côtoie quotidiennement c’est quand même la pire idée « ever » (c’est pour faire jeune ça)… On les voit la journée, et on se ligote à eux informatiquement, juste histoire que même si vous ne les croisiez pas à la machine à café, ils sachent ce qu’il vous arrive.
Donc, le ras-le-bol passait par là, et s’est invité dans mon pauvre cerveau, une soupape qui m’a susurré que ces connexions ne servaient à rien, que tout ça ressemblait à une belle hypocrisie numérique.
Comme tous les RS vous me direz. Oui, mais non. Les autres ont un mérite, celui de ne pas promettre de vous aider dans votre carrière professionnelle. Car mettons-nous d’accord, c’est tout de même une de nos préoccupations ?

Et puis au moment où j’écris ces mots, je me rends compte que non, ce n’est pas une inquiétude pour tout le monde. Si vous êtes sur ce type de RS, vous êtes connecté avec votre électricien ? Votre plombier ? Votre postier ? Nada. Si je regarde mes « mises en relations », je n’ai que des informaticiens, exécutants ou cadres, voir cadres sup. Je n’ai personne qui travaille à la chaine, personne qui ferait le ménage dans mon bâtiment, personne qui distribuerait une bonne soupe le soir dans les rues.

Non en fait, encore une fois on cultive l’entre soit, on se complait dans la consanguinité professionnelle. Je suis informaticien ? Allez hop 300 relations d’informaticiens. Je suis cadre dirigeant ? Zou, 150 relations de plus de cadres dirigeants. Mais je ne m’abaisse pas plus bas. Il ne faut pas rigoler non plus.
Ça n’a aucun sens. Aucun d’entre eux ne m’aidera jamais à trouver du boulot si j’en manque. Pourtant ce réseau n’est-il pas fait pour ça ? Si on élimine le côté curieux (voyeur ? Jaloux ?) qui consiste à surveiller ce que deviennent les autres, il a normalement vocation à garder des relations qui « peuvent servir ». On a virtualisé les clubs fermés où il fallait être invité à participer. Ici, tout le monde est présent. Et c’est bien pire.
Seul intérêt, c’est évidemment si vous voulez faire connaitre votre société ou votre cv… Vous réclamez des connexions à tirelarigot, vous cliquez tous azimuts en espérant qu’en face, la personne vous connecte. Et après ? Vous envoyez des messages, des bouteilles à la mer, que peu lisent et encore moins y donnent suite.

C’est n’importe quoi.

Dans toute ma carrière, je n’ai malheureusement pu aider qu’une poignée de gens à trouver un job ou à en changer. Et ce n’est pas avec un service de fichage numérique.
En fait, ceux avec qui je m’entendais bien, ceux-là n’ont pas besoin de ce réseau pour savoir si je vais bien ou pas.
Donc aujourd’hui, je m’éclipse. Je supprime les contacts, un par un. Je flingue à tout va, je dézingue. Je pourrais fermer mon accès directement, mais je n’y trouverais pas cette sensualité du « clic je coupe la connexion parce qu’on ne s’est pas parlé depuis plus de dix ans et que tu as disparu de ma vie finalement. »
Ça fait un bien fou que je n’imaginais pas.
J’y vais doucement, je me délecte. Je plonge dans des tas de souvenirs avec ces gens que j’ai croisés et avec qui je me suis « connecté » (je devrais dire enchainé) il y a 11 ans pour certains, des gens avec qui j’ai tenté de garder des contacts, des gens qui n’en ont plus voulu, des gens qui sont morts aussi (ça, c’est moins drôle quand les comptes ne sont pas fermés).

Et puis il y a ceux qui finalement ne m’aimaient pas et je l’ai su plus tard... C’est la vie !

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