Passé, présent, futur

le 16-09-22 21:50

Le passé, le présent, le futur, trois termes qui définissent nos vies dans leur intégralité.

Est-ce qu’on peut dire que ça les résume ?
Je ne sais pas, mais au laboratoire « mon pauvre cerveau » nous étudions de plus près cette question primordiale.
Comme point de départ, nous pourrions prendre cette petite synthèse rigolote que tout le monde a entendue et que les psys nous resservent pour se débarrasser de la difficulté, à savoir : le passé on ne peut pas le changer alors ça ne sert à rien de se morfondre avec, le futur on ne le connait pas, pourquoi donc chercher des solutions à des problèmes qui n’existeront peut être jamais. Donc le présent demeure notre plus bel atout, puisqu’en s’y intéressant on peut en profiter vraiment et décider de ce que sera notre vie en pleine conscience.
Bien. Ça, c’est dit.
Ce n’est pas complètement faux sur le cahier. Évitons d’avoir des remords et des regrets et n’inventons pas des choses qui nous tourmentent. Sauf que…
Mon passé me hante, ou m’enchante, c’est selon. Selon les souvenirs qui reviennent, mon état émotionnel du moment, ou les conséquences qui peuvent se dévoiler. Ce passé il fait partie intégrante de ma réflexion, de ma vie, pas seulement quotidienne, mais aussi intellectuelle. J’ai avancé grâce à ce passé, mon esprit a évolué. Désormais je ne prendrais plus les mêmes décisions pour certaines choses de l’époque sur lesquelles je portais un œil différent, ce n’est pas du regret, je ne me flagelle pas, l’existence m’a fait progresser, j’ai été télescopé par une multitude de nouveaux événements de plein fouet, et ces aspects m’ont peu à peu façonné, remodelé.
Un exemple une image ? Je prends mon aversion pour la viande quand j’étais enfant, et le fait que maintenant j’en mange régulièrement. Entre les deux il y a les essais, les doutes les rejets et refus, et un peu d’acceptation forcée, et probablement un peu de plaisir. OK, l’exemple n’est pas très bon.
Prenons l’homosexualité. Ayant comme beaucoup de personnes, grandi avec des parents, j’ai adopté involontairement jusqu’à un certain âge tous leurs points de vue, bons ou mauvais, eux-mêmes issus de leur éducation et de leur époque. Et pour information ils étaient vieux, une naissance au début du vingtième. C’est donc naturellement que j’en étais rendu à penser que l’homosexualité c’était le mal absolu.
Et puis l’adolescence est passée par là. De moches en belles rencontres, les cas différents se font nombreux et j’ai appliqué une idéologie qui n’était pas la mienne. Bien entendu, c’était nul. Bien entendu je ne me suis pas fait que des amis. Et bien entendu je ne suis pas fier d’avoir été ainsi. Mais…
tout d’abord on m’a élevé comme ça. Ensuite il y avait le facteur époque et sa doctrine. Je ne cherche pas d’excuses. Cependant j’ai évolué, compris, changé, refait ma propre éducation à grand renfort de coups de pied au c… et maintenant je ne réfléchis plus du tout à l’identique.
Fort de cet exemple, reprenons le passé. Faut-il laisser son histoire de côté parce qu’on ne peut pas le refaire ? Faut-il ne plus y penser si on se fait du mal ?
Et si je vous disais que non justement. Ça ne fait pas mal du tout, c’est presque le contraire. Je ne suis pas heureux d’avoir dit des stupidités et probablement blessé des gens, mais je suis heureux d’en être passé par là pour me rendre un peu meilleur. Je suis alors dans une dualité que je ne veux pas perdre. Cette identité qui est la mienne, qui évolue en permanence, je la garde. Et pour cela, je dois aussi conserver le mal de mon vécu, pour comprendre comment j’en suis arrivé là, ne plus refaire mes erreurs. Je dois m’en souvenir.
OK je ne l’altèrerai pas, et OK parfois y penser me désespère. Mais je vais le garder quand même. Je peux changer le passé en changeant moi-même, pas changer ce qui est arrivé, mais plutôt en modifier le résultat, car j’en suis le résultat.
Quant au futur, oui je ne peux pas le pressentir, sinon j’aurai déjà gagné au loto et arrêté de travailler. Sauf que… Je préfère tenter de prédire les choses, pas l’avenir, on est d’accord, juste envisager tout ce qui peut arriver dans telle ou telle circonstance. Un peu comme si je pratiquais les échecs.
Alors là, on va me répondre, « on ne peut pas tout prévoir, l’inconnu arrivera toujours ». Oui. C’est vrai. Mais je peux quand même éviter de me mettre les deux pieds dans la poisse parfois, ce n’est pas se jouer du destin, simplement prévenir les ennuis. Je vous l’accorde, c’est très fatigant. Pourtant je trouve que le jeu en vaut la chandelle.
Et le présent alors ?
C’est le hic…
En me comportant comme je me comporte, je ne profite pas assez du présent. Je n’ai pas le temps (c’est drôle !). Toujours en train de calculer ce qui risque d’arriver, ou d’analyser ce qui s’est passé et comment faire pour que ça n’arrive plus, ne laisse pas de place à cet espace instantané dans lequel j’évolue.

Donc voilà tout ça pour dire que le passé et le futur résument ma vie, le présent n’étant occupé que par un résultat du passé.
Et puis surtout pour dire que les phrases à l’emporte-pièce pour se rassurer et canaliser notre état psychologique ou émotionnel en se détachant du temps qui passe ou de celui à venir, ne dédouanent pas tant que ça, si j’en juge par les nœuds au cerveau que je m’inflige.
Pas si bon…

image pixabay/S. Hermann & F. Richter