Le surpoids

le 16-05-22 21:19

Le surpoids c’est l’ennemi du bien être.

Je suis certain qu’en lisant ça, vous vous dites « ah oui être gros, c’est gênant ». Mais vous vous trompez, ce n’est pas mon propos, pas du tout.
Le poids est notre pire ennemi invisible, un ennemi culturel.

Réfléchissons et éliminons tout de suite l’aspect santé. Si votre soi-disant surpoids vous amène des ennuis qui doivent donner lieu à des soins, alors OK, essayez de traiter le problème, pas question de mourir d’une crise cardiaque à cause de ça. Mais finalement il y a surpoids et obésité, voir obésité morbide et cette situation n’est pas légion. Heureusement.

Commençons par le commencement. Nous sommes au 21e siècle, celui où un simple hashtag suffit à enflammer des millions de gens. Et pourtant, que fait un docteur quand il s’aperçoit que vous grossissez ? Il va dire « attention à votre poids ». Je le sais, je l’ai vécu. Il préfère prévenir que guérir (ça lui va bien pour un toubib !). Mais finalement peut être que vous vous sentez bien comme vous êtes. Dites-lui et à sa réaction, vous saurez si c’est un bon médecin.
Et ça, c’est le début.

Et puis il y a notre passé de masse, celui qui nous vient de notre culture qui emporte avec elle la mode et les croyances du moment. Je ne referai pas le listing de l’évolution des rondeurs à travers le temps, mais ça a bien bougé quand même. OK, se dire qu’on ne vit pas à la bonne époque ce n’est pas l’intelligence suprême. Mais on peut analyser comme on veut, la mode prend son pied et son contre-pied sans arrêt, embarquant les limites acceptables de la période.
Arrêtons nous sur ce point. Ce passé va influencer notre comportement, indirectement et sournoisement. On grandit avec des réflexions autour de nous qui nous façonnent, et ces mêmes réflexions viennent bien souvent d’autres générations. Parents, grands-parents, frères et sœurs (si vous avez eu le doux bonheur d’être le dernier d’une grande fratrie !), etc. Elles sont censées nous apprendre les bonnes pratiques, sauf qu’elles reflètent leur époque. Difficile de s’en séparer. Les rejeter c’est se réveiller, justement vivre avec son siècle. C’est toujours très compliqué. Remettre en question « l’autrefois » donne souvent lieu à des discussions enflammées, tranchantes, voire méchantes. Mais on doit y arriver, se faire notre jugement sur l’instant présent, d’autant que désormais nous sommes surinformés.

Il y a bien sûr notre économie. On ne pense rien qui convienne à tout le monde. On se contente de normaliser un plus (pour ne pas trop dépenser) et un moins (pour se donner bonne conscience). Et au-delà de ces deux limites, s’étend le néant. Trop rond ou trop fragile, ce n’est pas la peine, regagnez votre chez vous, restez tout nu et ne sortez pas, ou alors enroulez-vous dans un drap et ça ira bien. Je ne donnerais que ça comme exemple, mais combien de fois sous prétexte qu’on est enrobé, on n’est pas assis confortablement sur un siège de train ou d’avion ?

Et le sport, on en parle ? C’est l’endroit idéal pour ne jamais rentrer dans les cases. Sports qui s’organisent par tranche de poids, sports qui soi-disant ne peuvent pas se pratiquer au-delà d’une limite (c’est quoi la limite celle que je me fixe ou celle qu’on me fixe), sports qui vous rejettent dès votre enfance par sélection « naturelle », etc. Je dois m’arrêter sinon je vais devenir violent.

Pour finir, il y a le regard des autres… il y aurait beaucoup à raconter sur celui-ci, mais je préfère le résumer lapidairement : qu’y a-t-il de plus stupide et de moins objectif que ça ? On juge toujours autrui par rapport à soi-même (ce n’est pas moi qui le dis). Alors quand quelqu’un vous traite de gros ou vous demande si vous ne devriez pas maigrir, il y a fort à parier que le problème vienne de lui.

Pourquoi dans certains pays gros est-il synonyme d’opulence et bien-être alors que chez nous (comprenez « en France », vous lisez ce texte en français) c’est directement l’échafaud.
À part pour quelques êtres profondément stupides dont certains, célèbres, en ont fait leur marque de fabrique, je ne vois aucune raison pour que le gros soit détestable.
Si je me sens bien avec, si je ne vois pas pourquoi il y aurait une limite, si mon état de santé est bon, si ma journée se déroule à merveille, faut-il vraiment que je la pose cette question : suis-je gros ?

Ma réponse c’est « peut être » parce que j’ai toujours tendance à la remise en question. Mais en référence à quoi alors, allez-y dites moi ? À un IMC, calcul qui date du 19e siècle ? À un comparatif avec le super mec d’Hollywood qui en bave pour rester comme ça, car ce n’est pas naturel (et qui grossit dès qu’il sort des écrans) ? À quelques abrutis qui définissent que cette robe doit tomber droite autour des hanches où aucun bourrelet ne doit apparaitre ? Au sport pratiqué qui a mis à mal des générations de pauvres enfants abandonnant leurs rêves ? À une économie qui vous ligote et vous force à rentrer dans ses désidératas ?

Donc la vraie question, c’est plutôt « est-ce que je me sens bien comme je suis » ? Et là, à vous de vous répondre. Encore une fois, nous devons déconstruire nos apprentissages, casser les images, oublier les moqueries et les blessures, cesser les dictats, bref je le dis même si je trouve ce terme moche et lourd de sens (que je trouve un brin accusateur) : assumer.
Et c’est possible.