Retour au travail

le 16-05-22 21:19

Revenir au travail après une longue absence c’est comme revenir dans un monde étranger.

La pire image que je puisse en donner c’est moi, en aiguille piquée dans une peau, moi qui revient pour récupérer ma place, mais la peau s’est refermée et d’autres aiguilles s’y sont plantées pas loin.
Presque deux ans d’éloignement c’est interminable.
Tout le monde est gentil à distance, certains prennent des nouvelles, ou non. Bon an mal an, le retour se passe sans trop d’anicroches. La place a été « gardée » par habitude, mais surtout par la loi. Sauf qu’en revenant, plus rien ne ressemble à rien. Ce n’est pas gloire au retour du héros, mais plutôt que va-t-on faire de lui ?

D’abord pour moi, je suis crevé, je ne veux plus subir les mêmes fatigantes erreurs, je ne veux plus qu’on profite de moi au point que je m’effondre, et vu la maladie et ma fin de carrière omniprésente, je n’ai plus envie de refaire le monde pour les autres.

Ensuite pour la société, elle qui ne misait déjà pas beaucoup sur moi, me met dans du coton via la fabuleuse gestion du « on ne sait jamais » : ne pas lui en demander trop, ne pas lui demander des trucs compliqués il pourrait se planter, ne pas lui demander des choses d’avant, ne pas lui donner de pouvoir, ne pas proposer des actions qu’il ne pourra pas suivre rapidement, etc.
« on ne sait jamais ». Ça couvre tout, ce « on ne sait jamais », le changement de ma personnalité et de mes réactions, ma capacité à m’adapter aux nouveautés, et surtout une potentielle rechute. Sur ce dernier point, on ne peut pas leur en vouloir certes, mais de là à me réclamer des certificats de mon docteur pour tout, je trouve ça avilissant, j’ai l’impression de revenir à l’état de gamin qui doit amener un mot d’excuse de ses parents.

Alors comme je l’ai déjà dit, j’invente toujours beaucoup, réfléchis et me creuse toujours la cervelle, plus doucement médicament oblige. Je me suis trouvé d’autres centres d’intérêt. Comment ceux-ci pourraient-ils être mis à profit pour ma société ? Mais voilà. Avant je n’avais pas leur confiance, du haut de leurs tours, les encadrants gardaient bien leurs prés carrés et mes dents longues ne l’étaient pas assez pour couper les barbelés. Désormais j’ai des choses en tête bien plus fortes que tout ce que je pouvais faire au travail. Et… je n’ai plus envie de les partager avec eux.
Voilà c’est dit, ma démotivation au boulot est totale. Enfin dans leur travail, leur société. Ils devraient arrêter de s’inventer de grands principes sur comment enthousiasmer les troupes, faire de la cohésion d’équipe comme ils disent. Ils devraient juste devenir humains, comprendre qu’il n’y a pas de frontières entre ce qu’ils sont dans leur vie privée et le travail. Mettre un peu d’empathie ne ferait de mal à personne, et faire confiance aux gens non plus.

Oui je suis malade, oui je suis moins actif forcement, oui je suis moins disponible, mais suis-je devenu incompétent ?

En fait quand on revient, tout ce qui a été réalisé avant est oublié, toutes les connaissances déployées se sont envolées, tous les coups de main ont vaguement laissé quelques souvenirs, mais pas dans le travail, plutôt dans les mémoires de certains.

Oh. C’est pas si mal ça, quelques-uns se souviennent de moi finalement !

image pixabay/myrfa