La malédiction

le 16-09-22 21:50

J’ai toujours rêvé de dix mille choses, inventé, pensé, visualisé sans jamais que ça ne s’arrête dans ma tête.

Tout ça m’a amené au-delà de l’imaginaire à réfléchir en profondeur sur mes capacités ou sur celles des autres. Devrais-je me lancer des défis seul ou me faire aider pour aller plus loin ?
C’est ce que dit la voix du sage de l’économie non ? Seul on est libre d’avancer en allant doucement, à plusieurs on vit dans les concessions, mais on va plus vite et plus loin.
C’est un choix.
Fort de cela, j’ai petit à petit construit mes environnements de quelques natures qu’ils soient. En inventant des choses en pratique comme au figuré, tout a eu des répercussions sur ma vie, ma santé, mes amours ou ma famille.
Alors selon les époques, mes envies ou les contextes, j’ai surfé sur des tendances différentes. Un coup en solo, un coup en équipe. Et surtout dans tous les domaines que je pouvais toucher du doigt à un moment.
Et c’est là que ça s’est installé. Très jeune je dois dire. Elle s’est emparée de moi et a influencé mes choix, bêtement et stupidement. Pour un cartésien comme moi, totalement dénué du sens de la prophétie ou autre superstition, j’ai vu s’enraciner un gimmick dans ma vie, bien malgré moi.
Écoutez ça.
Disney disait « si vous en rêvez alors vous pouvez le faire » ou quelque chose comme ça. Et bien moi c’est tout l’inverse. Si j’en rêve, si j’imagine que cela fonctionne et que je vais en tirer profit de quelques manières que ce soit, alors… ça ne fonctionnera pas. Je ne dois pas imaginer ce que ça va m’apporter, je ne dois même pas y penser.
C’est dingue non ?

Au fur et à mesure des années, mes tentatives pour vivre des rêves se sont soldées par un nombre d’échecs effrayants et le seul point commun que j’y ai trouvé puisque la malchance n’existe pas, c’est d’avoir intégré ce que je voulais dans une projection idyllique.
J’ai évidemment réfléchi à mes erreurs, à ce que je devais améliorer pour ne pas me rater la fois suivante. Mais alors que j’étais persuadé de ne pas de nouveau me fourvoyer, les choses capotaient lentement et surement.
Alors maintenant, je m’interdis de penser au futur dans sa globalité. C’est un jeu compliqué. J’invente quelque chose, comme ces livres que je suis en train d’écrire, mais il ne faut surtout pas que je convoite ce qu’ils pourraient m’apporter. Jamais.
La malédiction vouerait à l’échec toute tentative de pouvoir en profiter.

Je suis débile, je le sais, mais quand c’est la seule condition commune que l’on tire du passé, elle s’installe, elle s’ancre, comme une chape de plomb incassable.
Mais dans tout ça, il y a quand même une chose qui bon an mal an, a fonctionné, c’est ma famille.
Étrange, c’est le truc pour lequel j’ai toujours plus de projets que quiconque ne peut imaginer. Il y a des hauts et des bas comme partout, et pourtant elle avance, elle me porte loin, de plus en plus loin, elle m’offre des surprises et bonheurs sans arrêt. Dès qu’il y a un coup de frein, un mauvais moment à passer, je repense immédiatement à cette fatalité et mes peurs de l’échec m’envahissent et m’empoisonnent. Mais en vieillissant, je réussis avec quelques incantations secrètes à les faire taire et à ne plus le montrer.

Et j’attends que ça file, en n’imaginant plus l’avenir. Et les choses reprennent leur cours, toutes ensemble.

Finalement c’est probablement ça le remède, le filtre de guérison, l’amulette pour vaincre cette satanée malédiction, simplement avancer et construire à plusieurs, sans réfléchir, et bâtir sa famille avec de l’amour. Le reste est accessoire.

image pixabay/bessi