Faire comme tout le monde

le 16-09-22 21:50

Depuis tout gamin, je ne comprends pas pourquoi je dois faire comme les autres. Rien qu’à cette idée, j’ai dix mille questions qui affluent et me saturent les neurones.
Pourquoi devrais-je ?

Évidemment, tout gosse, on m’a expliqué que je devais, sans justifications. « Il faut faire comme tout le monde, parce que si tout le monde le fait c’est que ça doit être bon. » qu’ils disaient.
Le serpent qui se mord la queue.

Bien entendu, à l’adolescence mon cerveau est parti en rébellion et j’ai fait diverses bêtises. Pourtant, je gardais à l’esprit cette idée que « je faisais des conneries, que ce n’était pas bien, que les autres verraient ça d’un mauvais œil puisque je ne faisais pas comme eux ». Alors cette belle éducation finissait par avoir raison de moi et m’a toujours empêché d’aller plus loin, dans le pire certes, mais dans le meilleur aussi ! Je n’ai jamais poussé mes aventures au bout du bout, ce qui ne m’a jamais permis d’être le gagnant, le vrai, celui qui se place au-dessus.
Après tout, je ne devais pas être câbler pour.

Plus tard tout est rentré dans l’ordre, mariage famille enfant et travail. Oh oui, travail… comme je me suis bien fait flouer là-dessus. Pas d’études parce que l’éducation nationale n’a pas compris comment je fonctionnais. Mais moi non plus je ne les ai pas compris.
Un partout.

Parce que personne ne m’y a poussé non plus, il faut dire et je me suis retrouvé au boulot plus vite que prévu. Et c’est là que je me suis lancé dans une course folle, rattraper ce temps perdu pour gagner.
Ah oui, gagner quoi finalement ? Bonne question !

J’ai passé vingt ans à prouver que sans diplôme on pouvait être « pas trop con », puis je me suis calé dans un job qui rapportait et qui faisait vivre ma famille.
Vous me direz, en soit, c’est une réussite puisque j’ai joué avec les armes de la société et que j’y suis arrivé.
Cependant… je ne suis pas content, non, je regrette tous mes ratés, toutes mes intentions avortées, mes inventions sans lendemain parce que je n’ai pas eu le courage de parier.

Et aujourd’hui, franchement, alors que j’écris ces quelques lignes à sept heures du matin dans un train qui m’emmène travailler dans notre chère capitale, je me rends bien compte que je n’appartiens pas à ce monde tu tout.
Mais qu’est-ce que je fiche dans ce wagon avec des CCT (costumes cravates tailleurs !) tout autour de moi, qui pensent probablement à leur carrière, à leur super boulot, à ce que ça va rapporter.
Téléphone collé à la main, ça parle livraison, rendez-vous commercial ou problèmes techniques.

J’ai envie de descendre et de leur hurler que je suis différent et qu’ils ne comprennent rien.
Ça doit être l’âge.
Ou peut être le bonheur d’être à la maison.
Ou la maladie.
Si ça se trouve, ils sont simplement comme moi, ils n’ont pas envie et se sentent différents... Allez venez tous, on descend du train et on va boire un coup pour reprendre le peu de temps qu’il nous reste et le vivre comme il faut !

image pixabay/Gordon Johnson