La mort

La mort

En mémoire d’Alex.

Qu’est-ce qu’on peut en dire ? La mort dans tout ce qu’elle a d’injuste, mais pas seulement, la mort avec sa traitrise, frappant quand bon lui semble.

Non. La mort avec son hypocrisie, « je t’aime, mais je te prends tout ce que tu as », la mort avec son évidente méchanceté, qui se contrefout de ce que tu as créé, de ce que tu donnes ou pas aux autres, de ce qu’il te reste à faire pour finir le travail commencé qui n’aura plus de sens puisqu’elle te vire de là. La mort qui vient se faire voir du côté des jeunes ou des vieux ou des moins vieux ou des presque nés. Viré, oui c’est le bon terme. « Vous êtes remercié, vous dégagez de cette planète, ramassez vos cartons et barrez vous. »

Il est sur son lit d’hôpital, faible, amaigri par ce cancer qui le dévore tout cru. Et lui il ne trouve rien de mieux que de me demander ce que j’ai comme maladie. Je lui explique, à contrecœur, j’ai honte de parler de moi qui suis debout avec ma sclérose alors qu’il est au fond de l’impasse. Ma cochonnerie tout insupportable et incurable qu’elle est ne fera que me détériorer petit à petit. La seule chose qu’il me dit est pourtant lourde de sens : — Oui, mais tu es malade toi aussi, et tu finiras comme moi. — Oui, mais moi j’ai cinquante balais, ma maladie m’enquiquinera peut être jusqu’au bout et je terminerai probablement grabataire ou invalide, mais à 70 ou 80, vieux, alors que toi… — C’est idem, moi j’ai 19, et ce n’est qu’une question de temps. C’est exactement pareil, finalement tu seras à ma place. Et 60 ans d’écart ne changeront rien. Tu souffriras aussi.

On s’est arrêté là sur la comparaison de nos maladies, lui du haut de ses 19 ans, il ne lui reste guère plus que 10 ou 15 jours à endurer. Moi j’espère en tirer plus.

Il s’est endormi, fatigué des quelques minutes d’échanges, alors je sors, sans bruit, sans larmes, sans rien sur le cœur. Juste du vide.

*****

Finalement il n’a pas attendu 15 jours. 3 ont suffi à avoir raison de lui.

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