7 h 40 - dernier jour

7 h 40 - dernier jour

— Papa on va être en retard et j’attaque directement par un devoir surveillé !
— Mais non, ne t’inquiète pas, dans un quart d’heure on y est.
— Accélère s’il te plait…
David roulait sur la route de campagne pour rejoindre la ville la plus proche. Il comptait y déposer sa fille Joan sur le campus, mais ce matin rien ne se passait comme prévu. Des années en arrière, ils avaient décidé de quitter Sidney pour s’enfoncer un peu dans l’arrière-pays avec sa femme et profiter de la tranquillité de la nature. Mais en fait de tranquillité, tout ce qu’il semblait y avoir gagné aujourd’hui, c’était le beau temps, car sur la voie, ils étaient pour l’heure coincés derrière un engin agricole.
— Pourquoi tu ne doubles pas ?
— Je ne peux pas ma puce, il y a deux voitures avant de dépasser cette moissonneuse et c’est une ligne continue au sol. Tu sais ce que ça veut dire non ? Tu as commencé à apprendre ton code ?
L’éclat de rire qu’il lui lança la fit encore plus enrager et elle se tourna pour fixer l’extérieur.
— Ça va t’emballes pas, on y sera, profite du paysage et concentre-toi sur ce que tu vas devoir faire. C’est un devoir de quoi ?
L’année scolaire avait pourtant démarré depuis quelques mois, mais il ne connaissait toujours pas son emploi du temps. D’un autre côté, ce n’était pas son problème. Il l’accompagnait surtout quand Kate sa femme ne pouvait s’en occuper ou que les horaires de bus ne correspondaient pas. Son planning à lui était plutôt calé sur son fils de neuf ans, Thomas. Il le jetait littéralement au dépose-minute avant de filer à son bureau retrouver son monde virtuel. Vraiment aucun intérêt d’être en ville lorsque l’informatique vous permet de tout faire à distance.
— Ah tiens regarde !
Il pointait du doigt dans la direction devant Joan.
— Il y a des épis rebelles !
— Ouais c’est bizarre ! On dirait que la moissonneuse les avait bien évités ou sélectionnés.
Le champ était pourtant ratissé, mais des tiges s’en étaient échappées çà et là sans aucune logique.
— Ça ressemble à de petits groupes de réfractaires, des épis anarchistes ! « Non à la découpe, non à l’arrachage »…
Joan souriait à son tour au chant révolutionnaire. Il avait au moins réussi à la détendre lorsque la route s’élargissait et qu’il put enfin doubler.

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