Harry et Pauline

le 16-09-22 21:50

C'est mon nouveau roman en préparation. Après avoir écrit un roman d'aventures, j'avais envie de m'amuser et de vous amuser avec un nouveau feelgood.

**Sortie prévu en avril 2023.**

Le pitch est simple :
Harry et Pauline sont deux jeunes adultes à haut potentiel.Tous les deux, mal dans leur peau, leur vie respective ressemble à du grand n'importe quoi. Malgré toute leur bonne volonté pour plaire, ils n'y arrivent jamais.
Le jour de leur rencontre va tout changer, mais le seul moyen qu'ils vont trouver pour séduire l'autre sera de lui mentir en se faisant passer pour plus bête qu'ils ne le sont.
Vont ils vraiment arriver à gérer leur amour naissant en se mentant ?

Vous avez envie de lire le premier chapitre ? Suivez le guide, c'est plus bas ;)

image pixabay/myriams-fotos

--------------------------------------------

— En fait, je m’en fous complètement de ce qui leur arrive.
Le petit silence qui suivit la phrase pesait sur la discussion. Xavier scruta les yeux de son frère, mais n’y lut aucune pitié.
— Tu le penses vraiment ?
— Vraiment.
— Mais ce sont quand même nos parents.
Harry, un peu agité, s’extirpa du fauteuil de salon afin de se détendre.
— En ce qui me concerne, ce sont mes géniteurs, point.
Xavier se pencha vers la table basse pour y attraper sa bière. Il téta le goulot quelques secondes. Il connaissait l’impossibilité d’argumenter avec Harry. Celui-ci possédait ses motivations, sa logique implacable et il serait comme d’habitude compliqué de lui faire entendre raison.
Mais par défis, tout se tente.
— Et bien, tes géniteurs nous ont quand même élevés tous les deux, et on n’a manqué de rien.
— C’est vrai. Sauf quand, par exemple, j’ai demandé à faire des études de dessins. Là, j’ai manqué de quelque chose et ce n’est qu’un exemple.
— Tu en es encore là ?
Harry venait de se laisser tomber bruyamment dans le fauteuil, et récupéra également sa boisson.
— Je n’en serais pas là s’il n’y avait pas eu aussi la suite.
— Quelle suite ?
— Tu sais bien, le rejet permanent de tout ce que je souhaitais. Amis, amour, travail, ils ont passé leur temps à me le jeter à la figure.
— Arrête, tu exagères.
— Non je ne crois pas. C’est facile pour toi de dire ça. Tu as été le garçon parfait, tu as fait les études qu’ils avaient décidées et tu as écouté tous leurs principes à la con.
Un sourire aux lèvres, il but une gorgée avant de conclure.
— Tu as même réussi tes études secondaires imposées. Trop fort.
Xavier reprit au début de la conversation. Il savait l’agacement qu’il provoquait et s’en amusait.
— N’empêche qu’ils sont dans la merde et pas contre un coup de main du petit génie pour détricoter cette histoire avec leur architecte.
Harry ricana bruyamment.
— Même pas en rêve ! Qu’ils se débrouillent. Le petit génie comme tu dis a perdu ses neurones.
— Tu en as encore beaucoup des reproches à leur faire, monsieur Harry ?
— Oui tiens, celui-là justement. Harry… Quel prénom à la con !
Xavier explosa de rire en même temps qu’il tentait d’avaler sa dernière gorgée de bière, crachant instantanément une nuée de postillons alcoolisés.
Pendant qu’il s’essuyait la bouche, Harry reprit le fil.
— Non, mais c’est vrai ça, je n’ai jamais compris qu’ils m’aient refilé un prénom anglais, et en plus un prénom qu’on entend tout le temps du côté de Buckingham. Qu’est-ce qu’ils ont cru, que ça ferait classe ?
— Ça ne l’est pas ?
— T’imagines pas combien de fois par moi je réponds à la question « tu es british ? ». Insupportable.
— Ils doivent être déçus en entendant ton accent !
— Oui moque toi…
— Ce n’est pas moi qui ai choisi de parler japonais, plutôt qu’anglais.
— Oui bon, erreur de jeunesse. Mais je me suis rattrapé.
Depuis longtemps, Harry était considéré comme quelqu’un de très intelligent, voire doté d’une intelligence supérieure. Son unique problème, c’était son comportement de tête brulée qui l’avait mené à brillamment se détruire.
Études ratées, démissions de nombreux boulots, reconversions amorcées puis oubliées, amours tous plus décevants les uns que les autres, la liste s’allongeait à l’infini rendant son instabilité évidente.
Xavier était son ainé de dix-huit mois seulement. Et si un petit écart d’âge les séparait, il n’y en avait pas moins de grosses différences de vie. Toutefois très proche, Xavier s’obligeait à garder un lien entre Harry et ses parents. A respectivement vingt-sept et vingt-cinq ans, il n’y aurait pas du y avoir une si grande divergence de mentalité, et pourtant.
Lorsqu’il relança le sujet, il savait parfaitement ce qu’il obtiendrait, un non-lieu comme le disait Harry.
— Et ta copine alors, elle est où ? Comment elle s’appelle déjà ?
Harry le toisa du regard.
— Je vois clair en toi. Qu’est-ce que tu crois, que tu as la carrure pour te la jouer réflexions de parents déficients ?
Xavier éclata de rire, très fier de sa bonne blague.
— Oui, tu as raison, c’est vraiment trop con. Bref, elle est où Stella ?
— Partie, elle n’a pas supporté mon rythme.
— Ton rythme, que Tu lui as imposé, tout en sachant que personne ne peut Te suivre.
Le petit sourire en coin de Harry en disait long en entendant l’insistance sur la consonance des T.
— Oui, monsieur le juge, je plaide coupable, mais elle aurait pu faire un effort et essayer au moins. Toutes les preuves convergent. Elle ne supportait pas que je bosse la nuit…
— En plus du jour bien sûr…
— Oui, elle ne supportait pas non plus mes réflexions.
— Trop directes à son gout…
— Oui, et elle ne supportait pas quand je trouvais des solutions à tous les problèmes des gens…
— Alors qu’ils ne t’avaient rien demandé…
— Oui, ça fait beaucoup n’est-ce pas monsieur le juge ?
Xavier se remit à téter le goulot pour finir sa bière.
— OK, ça ira pour cette fois, disons que ma sentence sera clémente.
— J’obtiens un non-lieu ?
Les deux frères ne pouvaient s’empêcher de ricaner ensemble. Cette situation, ils l’avaient vécue à plusieurs occasions, et la crise pour en sortir trouvait toujours le même chemin, la séparation des concepts.
— Je ne te comprends pas. Tu es super intelligent, tu ne veux pas qu’on te le dise, tu ne veux pas progresser…
— Mais si, mais…
— Laisse-moi finir. Tu n’écoutes personne, tu traces ta route seul en espérant secrètement que quelqu’un arrive à te suivre, tu ne fais aucune concession, et je ne compte pas toutes les fois où tu as de nouvelles idées que tu commences et que tu laisses tomber. On dirait que tu le fais exprès, que tu t’infliges cette vie malheureuse comme si c’était juste ce que tu méritais.
Harry scruta le visage de son frère avant de se lancer en arrière et de fixer le plafond.
— Comment tu peux être comme ça frangin, comment tu peux me juger aussi durement ? Tu as accepté une voie qu’on ta choisie et doux bonheur, et elle te plait. Tant mieux. Moi je ne trouve pas la mienne. Je bosse dans une boite de développement avec des gens sympas, mais débiles, pour faire des jeux sympas pour des débiles, qui se vendront à la pelle et les débiles pleins aux as seront contents.
— Mais pas toi.
— Non évidemment. Mais le salaire n’est pas trop mal, alors je reste.
— Et pour tes amours ?
— C’est pareil, je rencontre des nanas sympas, mais débiles qui veulent un avenir sympa pour elle, mais que je trouve débiles.
— C’est-à-dire ?
— Laisse tomber.
— Non non, dis moi vas y, c’est quoi un avenir sympa, mais débile ?
— Tu as bien compris, s’installer ensemble, prendre du bon temps, puis se marier puis avoir des gosses, etc.
Xavier extirpa deux nouvelles bouteilles et les décapsula sur le champ. Puis il en tendit une à son frère.
— C’est pas trop ton truc la routine et la voie tracée, j’ai bien deviné. Mais c’est quoi alors ton kif ?
Harry se leva d’un bond.
— Je reviens, je vais chercher des chips.
Il le regarda s’éloigner vers la cuisine et secoua la tête.
— Oui c’est ça, bien évité la question.
On ne pouvait pas dire que l’appartement relevait de la pagaille. Beaucoup de choses étaient mal rangées, mais on ne pouvait pas y distinguer un désordre. Tout relevait plutôt d’un classement peu orthodoxe.
Certains titres évoquaient élégamment comment Harry pensait. « De la culture à l’intelligence, un pas infranchissable » ou encore « Les erreurs de notre système de valeurs ».
Xavier l’interpella au loin.
— Tu n’en as pas assez de toujours lire tes bouquins complètement tarés.
Harry venait de revenir et déposa deux bols sur la table.
— Tiens je t’avais pris celles que tu aimes au gout barbecue.
— Trop sympa merci. Mais toi tu ne les aimes pas.
— Ben non.
— Donc tu les as prises pour moi.
— Ben oui.
Le grand frère soupira.
— Pourquoi tu ne fais pas pareil avec tes conquêtes alors ?
— Ne recommence pas !
— Vas-y, raconte-moi ce que tu as fait de cool pour Stella ?
Harry lança une cacahuète en l’air pour la gober, mais celle-ci manqua l’entrée et rebondit sur son nez.
Le silence qui s’installa marqua la réponse évidente.
— D’accord, je m’en doutais. Merci pour l’attention. Mais, ce serait sympa de pouvoir se faire des soirées à quatre plutôt que tous les deux.
Harry devinait très bien pourquoi Xavier passait le voir seul.
— Elle va bien d’ailleurs ta cohabitante ?
— L’appelle pas comme ça. Tu sais très bien qu’on va se marier avec Jen. Et tu sais très bien aussi pourquoi elle ne vient pas à nos petits apéros.
— Oui, elle n’apprécie pas que les frères se retrouvent.
— N’importe quoi. Mais ce qui est certain c’est que tu n’étais pas obligé de lui dire qu’il valait mieux qu’elle ne gère pas notre compte bancaire vu qu’elle ne connaissait pas par cœur sa table de dix-huit.
— C’était pourtant évident.
Xavier soupira.
— Remarque ça a servi de test, après quelques discussions enflammées elle a accepté le fait que toi et moi n’étions pas identiques et que c’est moi qu’elle aimait… Et que toi, elle s’en foutait.
— Tu vois, la boucle est bouclée.
Harry tendit le cul de sa bouteille pour trinquer, et Xavier choqua violemment la sienne contre.
— À tes futurs amours. Et s’il te plait… fais un effort.
La cacahuète suivante s’éleva dans une courbe parfaite pour retomber au bon endroit.
— Oui « papa ». Il y a quand même des fois, je me demande comment il est possible que tu me fasses la morale alors qu’on a presque le même âge.
— Pour que tu apprennes à respecter ton ainé !
— C’est cela ! Compte là-dessus…