Harry et Pauline

le 16-05-22 21:19

C'est mon nouveau roman en préparation. Après avoir écrit un roman d'aventures, j'avais envie de m'amuser et de vous amuser avec un nouveau feelgood.

Le pitch est simple :
Harry et Pauline sont deux jeunes adultes à haut potentiel.Tous les deux, mal dans leur peau, leur vie respective ressemble à du grand n'importe quoi. Malgré toute leur bonne volonté pour plaire, ils n'y arrivent jamais.
Le jour de leur rencontre va tout changer, mais le seul moyen qu'ils vont trouver pour séduire l'autre sera de lui mentir en se faisant passer pour plus bête qu'ils ne le sont.
Vont ils vraiment arriver à gérer leur amour naissant en se mentant ?

Si vous avez envie de lire l'ébauche (et je dis bien ébauche) du premier chapitre ? Suivez le guide, c'est plus bas ;)

image pixabay/myriams-fotos


— En fait je m’en fous complètement de ce qui leur arrive.
Le petit silence qui suivit la phrase pesait sur la discussion. Xavier scruta les yeux de son frère, mais il n’y lut aucune pitié.
— Tu le penses vraiment ?
— Vraiment.
— Mais ce sont quand même nos parents.
Harry s’extirpa du fauteuil de salon, un peu agité pour faire quelques pas.
— En ce qui me concerne, ce sont mes géniteurs, point.
Xavier se pencha vers la table basse pour y attraper sa bière. Il téta le goulot quelques secondes. Il savait que c’était peine perdue d’argumenter avec Harry. Celui-ci avait ses motivations, sa logique implacable et il serait comme d’habitude impossible de lui faire entendre raison.
Mais il essaya tout de même, par défis.
— Et bien tes géniteurs nous ont quand même élevés tous les deux, et on n’a manqué de rien.
— C’est vrai. Sauf quand j’ai demandé à faire des études de dessins. Là j’ai manqué de quelque chose.
— Tu en es encore là ?
Harry venait de se laisser tomber bruyamment dans le fauteuil, et récupéra également sa boisson.
— Je n’en serais pas là s’il n’y avait pas eu aussi la suite.
— Quelle suite ?
— Tu sais bien, le rejet permanent de tout ce que je souhaitais. Amis, amour, travail, ils ont passé leur temps à me le jeter à la figure.
— Arrête, tu exagères.
— Non je ne crois pas. C’est facile pour toi de dire ça. Tu as été le garçon parfait, tu as fait les études qu’ils avaient décidées et tu as écouté tous leurs principes à la con.
Il but une gorgée en souriant avant de conclure.
— Tu as même réussi ces études imposées. Trop fort.
Xavier reprit au début de la conversation. Il savait que ça l’énerverait, et lui, il s’en amusait.
— N’empêche qu’ils sont dans la merde et pas contre un coup de main du petit génie pour détricoter cette histoire avec leur architecte.
Harry ricana bruyamment.
— Même pas en rêve ! Qu’ils se débrouillent. Le petit génie comme tu dis a perdu ses neurones.
— Tu en as encore beaucoup des reproches à leur faire, monsieur Harry ?
— Oui tiens, celui-là justement. Harry… Quel prénom à la con !
Xavier explosa de rire en même temps qu’il avalait sa dernière gorgée de bière, en crachant instantanément de partout.
Pendant qu’il s’essuyait, la bouche Harry reprit le fil.
— Non, mais c’est vrai ça, je n’ai jamais compris qu’ils m’aient filé un prénom anglais, et en plus un prénom qu’on entend tout le temps du côté de Buckingham. Qu’est-ce qu’ils ont cru, que ça ferait classe ?
— Ça ne l’est pas ?
— T’imagines pas combien de fois par moi je réponds à la question « tu es anglais ? ». Insupportable.
— Ils doivent être déçus en entendant ton accent !
— Oui moque toi…
— Ce n’est pas moi qui ai choisi de parler russe, plutôt qu’anglais.
— Oui bon, erreur de jeunesse. Mais je me suis rattrapé.
Depuis longtemps, Harry était considéré comme quelqu’un de très intelligent, voire doté d’une intelligence supérieure. Son unique problème, c’était son comportement de tête brulée qui l’avait mené à brillamment s’autodétruire.
Études ratées, démissions de nombreux boulots, reconversions amorcées puis oubliées, amours tous plus décevantes les uns que les autres, la liste était longue et son instabilité évidente.
Xavier lui était son ainé, de dix-huit mois seulement. Et s’il n’y avait qu’un petit écart d’âge, il n’y en avait pas moins de grosses différences de vie. Toutefois ils étaient très proches et Xavier s’obligeait à garder un lien entre Harry et ses parents. A respectivement vingt-sept et vingt-cinq ans, il n’y aurait pas du y avoir une grande divergence de mentalité, et pourtant.
Lorsqu’il relança le sujet, il savait parfaitement ce qu’il obtiendrait, un non-lieu comme le disait Harry.
— Et ta copine alors, elle est où ? Comment elle s’appelait déjà ?
Harry le toisa du regard.
— Je vois clair en toi. Qu’est-ce que tu crois, que tu as la carrure pour te la jouer réflexions de parents déficients ?
Xavier éclata de rire, très fier de sa bonne blague.
— Oui tu as raison, c’est vraiment trop con. Bref, elle est où Stella ?
— Partie, elle n’a pas supporté mon rythme.
— Ton rythme, que Tu lui as imposé, tout en sachant que personne ne peut Te suivre.
Le petit sourire en coin de Harry en disait long en entendant l’insistance sur la consonance des T.
— Oui monsieur le juge, je plaide coupable, mais elle aurait pu faire un effort et essayer au moins. Toutes les preuves convergent. Elle ne supportait pas que je bosse la nuit…
— En plus du jour bien sûr…
— Oui, elle ne supportait pas non plus mes réflexions.
— Trop directes à son gout…
— Oui, et elle ne supportait pas quand je trouvais des solutions à tous les problèmes des gens
— Alors qu’ils ne t’avaient rien demandé…
— Oui, ça fait beaucoup n’est-ce pas monsieur le juge ?
Xavier se remit à téter le goulot pour finir sa bière.
— OK, ça ira pour cette fois, disons que ma sentence sera clémente.
— J’obtiens un non-lieu ?
Les deux frères ne pouvaient s’empêcher de ricaner ensemble. Cette situation, ils l’avaient vécue déjà plusieurs fois, et la crise pour en sortir trouvait toujours le même chemin, la séparation.
— Je ne te comprends pas. Tu es super intelligent, tu ne veux pas qu’on te le dise, tu ne veux pas progresser…
— Mais si, mais…
— Laisse-moi finir. Tu n’écoutes personne, tu traces ta route seul en espérant secrètement que quelqu’un arrive à te suivre, tu ne fais aucune concession, et je ne compte pas toutes les fois où tu as de nouvelles idées que tu commences et que tu laisses tomber. On dirait que tu le fais exprès, que tu t’infliges cette vie malheureuse comme si c’était juste ce que tu méritais.
Harry scruta le visage de son frère avant de se lancer en arrière et de fixer le plafond.
— Comment tu peux être comme ça frangin, comment tu peux me juger aussi durement ? Tu as accepté une voie qu’on ta choisie et doux bonheur, tant mieux elle te plait. Tant mieux. Moi je ne trouve pas la mienne. Je bosse dans une boite de développement avec des gens sympas, mais débiles, pour faire des jeux sympas pour des débiles, qui se vendront à la pelle et les débiles pleins aux as seront contents.
— Mais pas toi.
— Non évidemment. Mais le salaire n’est pas trop mal, alors je reste.
— Et pour tes amours ?
— C’est pareil, je rencontre des nanas sympas, mais débiles qui veulent un avenir sympa pour elle, mais que je trouve débiles.
— C’est-à-dire ?
— Laisse tomber.
— Non non dis moi vas y, c’est quoi un avenir sympa, mais débile ?
— Tu as bien compris, s’installer ensemble, prendre du bon temps, puis se marier puis avoir des gosses, etc.
Xavier extirpa deux nouvelles bouteilles et les décapsula sur le champ. Puis il en tendit une à son frère.
— C’est pas trop ton truc la routine et la voie tracée, j’ai bien deviné. Mais c’est quoi alors ton kif ?
Harry se leva d’un bond.
— Je reviens, je vais chercher des chips.
Il le regarda s’éloigner vers la cuisine et secoua la tête.
— Oui c’est ça, bien évité la question.
On ne pouvait pas dire que l’appartement relevait de la pagaille. Il y avait effectivement beaucoup de choses mal rangées, mais on ne pouvait pas y distinguer un désordre. Tout cela relevait plutôt d’un classement peu orthodoxe.
Certains titres évoquaient élégamment ce que Harry pensait. « De la culture à l’intelligence, un pas infranchissable » ou encore « Les erreurs de notre système de valeurs ».
Xavier l’interpella au loin.
— Tu n’en as pas assez de toujours lire tes bouquins complètement tarés.
Harry venait de revenir et déposa deux bols sur la table.
— Tiens je t’avais pris celles que tu aimes au gout barbecues.
— Trop sympa merci. Mais toi tu ne les aimes pas.
— Ben non.
— Donc tu les as prises pour moi.
— Ben oui.
Le grand frère soupira.
— Pourquoi tu ne fais pas pareil avec tes conquêtes alors ?
— Ne recommence pas !
— Vas-y, raconte-moi ce que tu as fait de cool pour Stella ?
Harry lança une cacahuète en l’air pour la rattraper dans sa bouche et celle-ci manqua l’entrée et rebondit sur son nez.
Le silence qui s’installa marqua la réponse évidente.
— D’accord je m’en doutais. Merci pour l’attention. Mais, ce serait sympa de pouvoir se faire des soirées à quatre plutôt que tous les deux.
Harry devinait très bien pourquoi Xavier passait le voir seul.
— Elle va bien d’ailleurs ta cohabitante ?
— L’appelle pas comme ça. Tu sais très bien qu’on va se marier. Et tu sais très bien aussi pourquoi elle ne vient pas à nos petits apéros.
— Oui elle n’apprécie pas que les frères se retrouvent.
— N’importe quoi, mais ce qui est certain c’est que tu n’étais pas obligé de lui dire qu’il valait mieux qu’elle ne gère pas notre compte bancaire vu qu’elle ne connaissait pas par cœur sa table de dix-huit.
— C’était pourtant évident.
Xavier soupira.
— Remarque ça a servi de test, après quelques discussions enflammées elle a accepté le fait que toi et moi n’étions pas identiques et que c’est moi qu’elle aimait… Et que toi, elle s’en foutait.
— Tu vois, la boucle est bouclée.
Harry tendit le cul de sa bouteille pour trinquer, et Xavier choqua violemment la sienne contre.
— À tes futurs amours. Et s’il te plait… fais un effort.
La cacahuète suivante s’éleva dans une courbe parfaite pour retomber au bon endroit.
— Oui « papa ». Il y a quand même des fois je me demande comment ça se fait que tu me fais la morale alors qu’on a presque le même âge.
— Pour que tu apprennes à respecter ton ainé !
— C’est cela ! Compte là-dessus…